Eviter les pièges alimentaires de la grande distribution
Les géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui vendent leurs produits dans les hypermarchés ont mauvaise réputation… à cause de leurs aliments bas de gamme et leurs produits mauvais pour la planète et la santé. Mais face aux changements de consommation, les enseignes ont dû s’adapter. Quelques pistes pour faire les bons choix.
Ingrédients et marques pas clean : on boycotte
1- On boycotte les ingrédients et les marques pas clean
La première chose à faire ? Une liste des ingrédients néfastes à bannir : l’huile de palme en premier lieu, puisque l’on sait qu’elle n’a aucun intérêt nutritionnel et que sa culture, à l’autre bout du monde, provoque la déforestation à grande échelle. Aujourd’hui de nombreux produits affichent fièrement la mention « sans huile de palme » et sont faciles à repérer.
De même pour le soja et l’huile de coco dont l’engouement pousse à la sur-exploitation.
Sinon, il suffit de lire la liste des ingrédients. Bien sûr, on évite aussi les marques qui torpillent les ressources partout dans le monde : les sodas en général, et les eaux minérales qui pompent l’eau des nappes phréatiques, et ne font que produire de la pollution plastique à travers les milliards de bouteilles produites de par le monde. On se renseigne sur i-boycott pour mieux acheter !
2- On se méfie du café et chocolat industriels

Ces deux aliments, autrefois exceptionnels, sont consommés aujourd’hui dans de grandes quantités au quotidien. Or ils sont issus de plantes qui exigent certains climats, poussent proches des forêts équatoriales, nécessitent beaucoup d’eau, etc. Leur production intensive fait peser une grave menace sur la biodiversité de ces régions et leurs écosystèmes à cause de la déforestation, l’usage de pesticides, d’engrais, l’érosion des sols. Les populations locales sont aussi souvent exploitées et les conditions de travail sont extrêmement difficiles. Pire, le chocolat industriel étant très transformé, chaque étape et ajouts d’ingrédients alourdit son empreinte. Idéalement on achète donc uniquement du chocolat artisanal, issu de production certifiée, et du café issu de commerce équitable et d’un programme de protection des forêts. S’il n’y en a pas dans votre magasin, commandez en ligne ou allez dans une petite boutique bio.
3- On évite la viande industrielle
La viande est l’un des aliments qui a la pire empreinte carbone… et quand elle est industrielle, c’est encore pire. La production de viande à grande échelle, souvent très loin d’ici, exige aussi la culture de céréales à l’autre bout du monde pour nourrir les bêtes. Ces cultures (soja…) consomment des quantités astronomiques d’eau, pour nourrir des animaux souvent mal traités dans des élevages sur dimensionnés, qui finiront abattus. La viande étant ensuite transformée dans un autre pays et ensuite proposée dans les rayons à foison, avec des additifs comme les nitrates pour la conserver. Sans oublier qu’une bonne partie de cette viande ne sera pas vendue et sera jetée. Bref : un terrible gâchis de ressources. Solution : on achète moins de viande, moins souvent, non transformée si possible (on évite les producteurs de charcuterie bas de gamme, nuggets and co utilisent tous les bas morceaux broyés) et on choisit des exploitations familiales, des animaux élevés et nourris en pâturages. Et pourquoi pas se tourner vers les substituts végétaux, type steaks végétaux, dont l’offre augmente en grande distribution face à la demande.
4- On privilégie les produits régionaux et de saison
Certaines enseignes référencent les produits régionaux et il n’est pas rare de découvrir ce phénomène en vacances. Autant les privilégier pour faire travailler le tissu local, les petits artisans, auxquels d’ailleurs la grande distribution impose souvent des conditions très dures. Pour consommer clean, il faut bien choisir de préférence des fruits et des légumes produits en France, dans la région et de saison.
On évite de céder à la tentation des fruits et légumes de toutes sortes toute l’année, et si dans son hypermarché le rayon ne propose que des produits venus de loin, on essaie de se fournir ailleurs : coopératives agricoles, petits producteurs, marché… il suffit de prendre de nouvelles habitudes pour éviter le piège de la grande distribution qui incite à acheter sans réfléchir parce que l’on a tout sous la main.
5- On s’adapte au vrac et au bio en hypermarché

Pour suivre la tendance zéro déchet, les hypermarchés se sont mis à proposer des produits en vrac. Céréales, pâtes, graines… c’est une solution intéressante pour se fournir en grande quantité, éviter les emballages, et faire des économies. On trouve aussi des céréales complètes et diversifiées, et le système du vrac permet aussi de choisir à l’inverse la juste quantité dont on a besoin. Un processus qui évite de tomber dans le piège des promos avec des grands emballages (comme les gros pots avec un fond bombé vers l’intérieur) mais moins de produit à l’intérieur. Pour la planète, l’idéal est bien sûr d’accompagner le vrac de sachets en tissu, que l’on rapporte d’une fois sur l’autre.
Côté bio, les produits industriels sont plutôt bons en termes de composition et les entreprises font des efforts de traçabilité. Restent les emballages… Notamment pour les légumes bio qui sont emballés parfois en sachets plastiques pour les différencier des fruits et légumes conventionnels. Ici encore, mieux vaut se rendre dans de petites enseignes spécialisées et locales, et garder en tête que la grande distribution propose ces alternatives pour conserver leur clientèle. A propos des fruits et légumes, on se méfie de tous ceux qui brillent grâce à une cire vaporisée pour être plus appétissants !
Globalement on peut éviter les pires produits et choisir d’acheter clean. Néanmoins, cela demande beaucoup de vigilance. Il faut prendre le temps de décrypter les étiquettes, de se renseigner sur les marques et résister aux multiples tentations et aux bas prix des grandes surfaces. A la longue, on prend néanmoins l’habitude d’acheter seulement les produits que l’on a soi-même validés, et on complète ailleurs pour ce que l’on ne trouve pas. A terme, il serait logique de privilégier systématiquement les petits commerces pour revaloriser le local, l’humain et la valeur du travail. On peut toujours essayer d’infléchir cet écueil en considérant son porte-monnaie comme un bulletin de vote qui peut influer sur la société toute entière.
La permaculture, kesako ?
Le mot permaculture s’est démocratisé ces dernières années dans les médias. On l’associe la plupart du temps à l’agriculture mais sans forcément savoir de quoi il s’agit exactement. Alors, la permaculture, une agriculture vertueuse ? Mieux que l’agriculture bio ? Une technique pour faire son potager ? Un peu tout cela à la fois et bien plus encore.
La permaculture repose sur un principe de base : celui de s’inspirer des « mécanismes » utilisés par la nature et de (tenter de) les reproduire pour cultiver. L’idée implique donc une observation fine de ce qui se passe dans les écosystèmes naturels en termes de fonctionnements, relations et interactions pour ensuite les imiter. Le mot « permaculture » provient de « permanent agriculture » en anglais, une agriculture qui utilise les techniques permettant de préserver la fertilité de la terre, tout en la cultivant. En appliquant les principes et l’intelligence naturelle des écosystèmes à l’agriculture, celle-ci devient durable, « permanente ». Inspirée par un agriculteur japonais, la permaculture a été conceptualisée dans les années 70 par deux Australiens, qui en ont fait un concept global, expliqué dans leur livre « “Perma-Culture, une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles ». Ce livre est aujourd’hui l’ouvrage de référence de cette discipline. Or, si la permaculture répond aux enjeux actuels de préservation de la biodiversité et de respect du cercle vertueux, elle apporte également une dimension philosophique intéressante.
Les grands principes de la permaculture
Son principe fondateur : prendre soin de la terre, des humains et redistribuer équitablement ce qui a été produit. Ce système d’agriculture résiliente et durable va bien au-delà de simples techniques agricoles. La permaculture inclue des règles concrètes fondamentales qui s’appliquent à l’agriculture… ou à d’autres domaines comme l’architecture ou l’énergie.
Ses 12 principes essentiels :
- Observer et interagir
- Capter et stocker l’énergie
- Obtenir une production
- S’autoréguler et accepter la rétroaction
- Utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables
- Ne produire aucun déchet
- Partir des grandes structures pour aller jusqu’aux détails
- Intégrer au lieu de séparer
- Utiliser des solutions lentes et à petite échelle
- Se servir de la diversité et la valoriser
- Utiliser les bordures et valoriser la marge
- Être créatif face au changement
La permaculture s’intègre donc dans des techniques modernes de production tant qu’elle ne pollue pas, respecte les sols, s’adapte localement en tenant compte des spécificités du lieu, tout en restant productive. En effet, il faut être efficace et l’objectif est de parvenir à l’abondance et à la durabilité. La dimension sociale de la permaculture la place dans une démarche véritablement engagée. En effet, la permaculture revoit notre conception de la société pour que cette dernière respecte les principes de l’économie circulaire, de la solidarité et de l’interdépendance. Comme c’est le cas dans tout écosystème naturel.
La permaculture, concrètement kesako ?

Comment pratiquer la permaculture au jardin via un potager ? On commence avec les chartes de l’agriculture biologique et les principes de l’agroécologie, puis on les enrichit avec les principes éthiques de la permaculture cités ci-dessus. Cette nouvelle manière d’appréhender les cultures inclue alors l’environnement immédiat, une observation et une adaptation permanentes, et une organisation offrant la meilleure productivité avec l’impact le plus faible en termes de gaspillage, de déchets et de pollutions. Concrètement, le potager doit s’organiser afin de limiter les pertes d’énergies par exemple et optimiser au maximum l’espace en tenant compte de tous les paramètres. On parle souvent de « design » en permaculture qui en fait représente l’organisation des associations de plants en fonction des insectes, des sols et des espaces différents (coins ombragés, carrés de plein soleil, sols humides, calcaires…) Le design en permaculture répond aussi au côté humain. En effet, ce design place chaque chose au meilleur endroit compte tenu de l’environnement, imagine un système d’exploitation le plus simple possible et surtout le moins pénible pour l’homme.
La permaculture en pratique
Tout le monde peut appliquer les principes de la permaculture à sa propre échelle. Créer votre potager productif par exemple, en accord avec l’environnement et les ressources disponibles, et qui soit adapté au lieu choisi et à vous-même ! Pour cela, on peut surélever les potagers selon les principes des buttes cher à la permaculture. Ainsi, un système d’empilement de différents matériaux (bois, compost, argile…) enrichit la terre, draine l’eau, favorise la croissance tout en facilitant la culture par l’homme qui n’a plus besoin de se baisser. Mais comment faire ?
- La première phase sera celle de l’observation : Quel est l’ensoleillement ? Quels animaux sont présents ? Quel est leur impact sur quelles variétés (chenilles, limaces, pucerons…) ?
- Une fois le terrain délimité, préparez-le et pensez vos plants en amont, avec l’aide de pépiniéristes, en tenant compte du soleil, en utilisant les plantes hautes pour faire de l’ombre aux jeunes pousses, plus vulnérables, et plaçant ensemble les plants avec les mêmes besoins en eau par exemple.
- Ensuite, complétez votre installation avec un compost, initiez-vous au paillage, installez un récupérateur d’eau de pluie etc…
- Et très vie vous pourrez croquer dans de jolis fruits ou légumes « du jardin » !
La permaculture, conception éthique et design, prend en compte l’écosystème dans son intégralité. C’est une pratique définitivement « clean » puisqu’elle intègre tous les paramètres pour créer une synergie globale, exactement comme la nature le fait spontanément. La nature est « organisée », même si cela ne se voit pas. Les écosystèmes sont ingénieux, économes et vertueux. L’utilisation la permaculture en agriculture sera de plus en plus fréquente puisqu’elle prône le respect de l’humain et de l’écologie.
Si la permaculture pouvait s’appliquer à tous les autres secteurs de la société, on pourrait peut -être connaitre des sociétés raisonnées, solidaires et non plus dictées par la consommation et l’économie mondialisée. Vous l’avez compris, la permaculture est à la fois une philosophie qui peut guider les agriculteurs -en herbe ou aguerris-, mais aussi un modèle de société !
Energie : La révolution bleue, cet incroyable potentiel énergétique des océans
Alors que la disponibilité des ressources pour produire de l’énergie est un sujet préoccupant, et que l’expression « énergies renouvelables » est sur toutes les lèvres, on parle peu des flux énergétiques marins. Ils sont pourtant une voie prometteuse dans l’exploration d’une énergie décarbonée et renouvelable, disponible sur toute la planète. Explications.
L’énergie marine est une énergie renouvelable. Une énergie renouvelable est appelée ainsi car elle est considérée comme infinie, contrairement aux ressources « finies » comme le pétrole, le charbon ou le gaz : quand il n’y en aura plus, il n’y en aura plus, contrairement au vent par exemple. On connaissait donc les éoliennes qui produisent de l’électricité avec le vent, les panneaux solaires avec les rayons du soleil, la géothermie avec la chaleur du centre de la terre ou encore les barrages avec l’énergie hydraulique… mais pourquoi ne parle-t-on jamais ou presque de l’énergie marine ? Ou plutôt DES énergies marines d’ailleurs ! En effet, les océans qui recouvrent -pour mémoire- la planète à 70%, offrent différentes technologies s’appuyant sur différentes forces du milieu marin pour produire de l’électricité : les courants, les marées mais aussi la houle par exemple. C’est une incroyable opportunité et l’on entrevoit la possibilité d’une « révolution bleue » en termes d’énergie. La raison pour laquelle on n’en parle pas tient sans doute au fait que l’exploitation de ces forces océaniques est principalement aujourd’hui au stade d’expérimentation et demande un long développement.
Les énergies marines, kezako ?
Encore peu utilisées aujourd’hui, les énergies marines pourraient, une fois exploitées à grande échelle, fournir de l’énergie à bas prix tout autour du globe, sans émission de gaz à effet de serre contrairement aux énergies dites fossiles. Elles permettent de produire de l’électricité grâce aux flux d’énergie intrinsèques des océans par le mouvement des marées et des courants, qui représentent une force considérable, ou encore l’énergie thermique qui repose sur les différences de température entre les eaux de surface et celles des profondeurs.
Compte tenu des difficultés à mettre en place la transition énergétique en cours, les énergies marines représentent un potentiel non négligeable et présentent chacune des marges de progression exponentielles. D’autant que contrairement à l’ensoleillement ou au vent, le mouvement des marées et les courants (les deux énergies marines les plus prometteuses), est continu et peut se prévoir à l’avance. Précieuses dans l’optique de cette transition énergétique, les énergies marines renouvelables n’ont pas toutes le même potentiel ni le même niveau de développement. Avant d’être fructueuses, il leur faut atteindre une maturité au plan technologique et financier car leurs coûts sont encore trop élevés pour être rentables à ce niveau de développement.
L’énergie des marées ou énergie marémotrice

Les marées représentent un déplacement d’eau gigantesque et naturel dont le flux et le reflux peuvent permettre de remplir ou vider des réservoirs équipés de barrages et de turbines, sans autre dépense d’énergie. Ces turbines, reliées à un générateur et un alternateur, vont produire de l’électricité en temps réel qui sera récupérée par l’usine marémotrice attenante où un transformateur permet au courant alternatif de circuler dans les lignes à haute tension. En France, nous avons pris de l’avance dans l’expérimentation de cette technologie : EDF utilise cette énergie depuis 1966 dans l’usine de la Rance qui produit 4 % de l’électricité consommée, chaque année, en Bretagne.
L’énergie des courants marins ou énergie hydrolienne

Ici on utilise l’énergie cinétique des courants marins qui est captée par des hydroliennes, l’équivalent des éoliennes pour le vent. Les courants, qui sont concentrés dans certaines zones près des côtes, font bouger les hélices dont la rotation produit mécaniquement de l’énergie envoyée vers un alternateur qui la transforme en électricité. Plus il y a de courants marins, plus on peut produire d’énergie. Celle-ci est ensuite conduite vers la terre ferme via des câbles sous-marins. Le potentiel de cette énergie-là est intéressant car la plupart des côtes, par le monde, sont soumises à des courants. Elle est donc potentiellement exploitable partout. En France, EDF expérimente cette technologie avec un démonstrateur dans les Côtes d’Armor dont la viabilité doit être testée aussi bien côté technique qu’économique. En Bretagne, entre les îles de Molène et d’Ouessant, une turbine a tourné pendant un an et a permis pour la première fois de produire de l’électricité. Des projets encourageants !
L’énergie des vagues ou énergie houlomotrice
Elle est différente de l’énergie des courants car elle repose sur le mouvement des vagues, résultat du souffle du vent à la surface de l’océan. En effet, quand le vent souffle à la surface de l’océan, son énergie se transfère dans les mouvements des vagues ou houle, qui peuvent courir sur de longues distances. Ainsi on pourrait récupérer, près des côtes, l’énergie du vent qui a soufflé au large et s’est déplacée, mais cette technologie est encore en phase de test.
L’énergie thermique

L’énergie thermique repose sur la différence de température entre le fond et la surface de l’océan. Elle offre les meilleurs résultats dans les eaux où les différences sont les plus grandes entre le fond et la surface. En France, c’est en Martinique que cette nouvelle énergie thermique est testée via une plateforme flottante de production d’électricité, au cœur du projet « Nemo ».
L’énergie osmotique
Non exploitée pour le moment, l’idée est de produire de l’électricité à partir de la pression issue du mouvement chimique des molécules, déclenché par la différence de salinité entre l’eau douce et l’eau salée, quand elles se mélangent. Quand de l’eau salée et de l’eau douce sont versées côte à côte, séparées par une membrane perméable, l’eau douce va naturellement vers l’eau salée créant une pression sur la membrane qui les sépare : c’est elle qu’on peut exploiter grâce à un générateur. Ce phénomène d’osmose possède un très fort potentiel énergétique dont on pourrait tirer profit partout où les eaux se mélangent : tous les estuaires et embouchures de fleuves pourraient être mis à profit, ce qui offre une perspective de développement partout dans le monde.
Les énergies marines représentent ainsi une source prometteuse d’énergie, qui ne demande qu’à être exploitée. La France possède d’ailleurs de nombreux atouts pour les développer grâce à ses côtes normandes et bretonnes, ainsi que ses territoires d’Outre-Mer. Cette perspective offre la vision d’une véritable « révolution bleue » en termes de transition énergétique, s’accompagnant d’un fort dynamisme économique, technologique et humain. On peut en effet imaginer les innombrables nouveaux métiers, le développement de filières industrielles, les échanges internationaux et l’ouverture de nombreux marchés. A conditions de soutenir leur développement et de limiter les coûts de production.
La green architecture en ville : clean ou washing ?
La ville et l’habitat sont des domaines qui challengent les constructeurs, les architectes et les entreprises du bâtiment à cause de l’urgence et la nécessité à changer. Des solutions sont apparues pour que l’architecture du futur ou « green building » aide l’humain face au réchauffement climatique et à la pollution en intégrant la nature dans la ville. Sont-elles vraiment utiles, véritablement efficaces ?

La green architecture également appelée architecture verte veut rapprocher l’homme de la nature ou plutôt faire revenir la nature dans la ville. Si au départ les projets pouvaient avoir des considérations esthétiques et de bien-être, s’y ajoutent aujourd’hui des objectifs nécessairement écologiques pour créer à long terme des bâtiments d’un nouveau genre. Le terme « green architecture » qui désigne une véritable tendance de société, renvoie à des projets de végétalisation de bâtiments existants, à l’optimisation d’installations de manière durable ou bien encore à des projets architecturaux incluant la durabilité, l’utilisation de matériaux écologiques et des techniques éco responsables. Si l’architecture verte prône un projet de la ville de demain avec des constructions nouvelles, c’est aussi la transformation de la ville d’aujourd’hui en ajoutant de la végétation avec des plantes et des arbres partout où c’est possible.
Green building : des matériaux écolos
La green architecture repense l’intégralité des projets de construction. Le secteur du bâtiment est un des plus polluants, dès sa conception. La fabrication d’immeubles nécessite énormément de ressources, de l’eau aux matières premières en passant par l’énergie. Elle est responsable d’environ 20% des émissions de gaz à effet de serre en France. Il est alors logique pour les nouveaux architectes « verts » d’adopter de nouvelles stratégies à visées écologiques dès la construction. Le green building s’intéresse ainsi aux systèmes d’éclairage, de chauffage et de climatisation pour les rendre plus résilients et moins gourmands en énergie, aux systèmes d’isolation, et aux techniques pour économiser l’eau à l’échelle de l’immeuble en entier. Une stratégie pour optimiser l’efficacité énergétique et la baisse de l’impact écologique. Comme dans toutes les innovations qui portent une volonté de durabilité, la notion de cycle de vie est au centre de la réflexion : la green architecture a aussi une perspective à long terme avec l’entretien des bâtiments, voire leur destruction pour avoir un minimum de dégâts environnementaux.
Green architecture : zoom sur la végétalisation
L’architecture verte amène en quelque sorte la nature dans la ville, en partant des constructions existantes. Et dans ce domaine, la créativité des architectes est sans limite. On parle souvent de « forêts verticales », la végétalisation de haut en bas d’un immeuble pour le recouvrir d’arbres savamment disposés, comme le fait l’architecte italien Stefano Boeri à Milan. Il s’agit de variétés soigneusement choisies et plantées sur des balcons dédiés, avec une terre enrichie et livrée avec des milliers de coccinelles pour éviter les pucerons. Plus répandus, les murs végétaux qui fixés à l’aide de grillages ou d’installations spécifiques et humides, placent des plantes un peu partout sur une façade pour la verdir. Ou encore les bardages en bois sur l’extérieur des bâtiments pour améliorer l’isolation thermique. A Paris, on voit des toitures végétalisées avec des potagers urbains installés sur le haut des immeubles. A Chicago, l’Hôtel de ville possède un toit végétal depuis 2001. A retenir aussi l’installation de « fermes urbaines » ou encore des jardins partagés et plantés au milieu de zones ultra urbaines comme pour le projet Bercy Beaucoup, la Ferme du Rail dans le 19ème ou encore le Jardin21 côté Canal de l’Ourcq à Paris. En plein milieu des immeubles ou sur leurs toits, on découvre des lieux de permaculture pour soutenir la biodiversité en ville, où compostage, jardinage et mini récoltes rythment la vie de ces petits coins de verdure. Aux toits végétalisés répondent des jardins suspendus qui se révèlent être des lieux apaisants d’échange, de découverte avec des vertus réelles au plan éco-climatique.
Les nombreux avantages et bienfaits de l’architecture verte

La végétalisation des grandes villes marque une volonté de répondre au besoin de connexion avec la nature, mais aussi d’amélioration des conditions de vie en luttant contre les effets du réchauffement climatique. Les plantes, grâce à leur mécanisme de photosynthèse, absorbent plus de CO2 qu’elles n’en rejettent, apportent de l’humidité par leur « transpiration «. Elles permettent de créer des ilots de fraicheur précieux pendant les canicules, en plus de maintenir un peu de biodiversité en ville en se faisant l’habitat d’insectes et oiseaux. Les espaces végétalisés ajoutent, en plus, un confort pour les habitants qui bénéficient de la proximité avec les plantes dont les vertus sur la santé et le bien-être ne sont plus à prouver.
Par ailleurs, outre l’intérêt humain et écologique, la green architecture à un autre avantage : les installations végétales font grimper la valeur immobilière des immeubles et les nouveaux bâtiments disposants de certifications type LEED ou Energy-Star sont plus attractifs. Les appartements sont loués plus chers, un prix compensé pour les familles par les économies en dépenses énergétiques. L’architecture green a tout d’un cercle vertueux, à ceci près qu’il ne suffit pas de plaquer quelques plantes sur un vieil immeuble pour le rendre acceptable écologiquement et transformer la vie des habitants… même vigilance avec les municipalités qui semblent soutenir la végétalisation tout en continuant parfois à porter des projets de bétonnisation, ou de coupes d’arbres comme le projet de la Tour Eiffel. Projet parisien qui prive l’environnement des bénéfices de ces arbres centenaires pour installer des consignes à bagages pour touristes aux pieds du célèbre monument…
La green architecture à de beaux jours devant elle, avec des possibilités infinies de (ré)intégrer la nature dans nos lieux de vie et vivre sans l’impacter négativement. Pour cela il faut associer végétalisation à toutes les dernières technologies pour économiser les ressources en utilisant les énergies renouvelables (éolienne, solaire, géothermie) plutôt que les énergies fossiles. Des pratiques qui pourraient se révéler essentielles pour supporter la vie en ville dans le futur.
Dernière Rénovation : Quelle est cette mouvance écologiste ?
S’attacher au filet de Roland Garros ou au décor de l’Opéra Bastille, faire des sit-in sur des routes pour les bloquer, balancer de la peinture orange sur les façades de Bercy, Matignon et du Ministère de la Transition écologique… Depuis avril 2022, Dernière Rénovation multiplie les actions de désobéissance civile et ses activistes finissent parfois en procès, comme ceux de janvier 2023 à Castres et Paris pour « entrave à la circulation ». Que revendique ce mouvement qui déclare « Nous sommes la dernière génération capable d’empêcher un effondrement sociétal »
Eco-terroristes ou mouvement de désobéissance civile non violent ?

Comme leurs actions en France ont eu lieu en même temps que celles de Just Stop Oil, qui ont provoqué le tollé général en balançant de la soupe sur les Tournesols de Van Gogh, de la purée sur les Meules de Claude Monet, ou de la peinture sur la devanture d’un concessionnaire londonien d’Aston Martin, on a allégrement confondu ces deux mouvements.
Pourtant, dans la mouvance des mouvements Extinction Rebellion ou Just Stop Oil, Dernière Rénovation est un mouvement écologiste différent. Il utilise la désobéissance civile non violente pour alerter sur l’inaction gouvernementale en matière de changement climatique. Et ceux qui prennent part à ces actions sont souvent les jeunes, qui s’engagent pour la plupart pour la première fois, conscients que l’urgence est là. Dernière Rénovation est l’une des 11 campagnes du réseau international A22, un « collectif de projets engagé dans une course effrénée pour sauver l’humanité ».
Comme le mouvement Extinction Rebellion l’explique clairement sur son site : « On a tout essayé pour avoir une action climatique de la part du gouvernement qui puisse nous éviter le pire du dérèglement climatique. Les marches par millions dans le monde entier, les rapports scientifiques du GIEC, les actions en justice, les plaidoyers, les COP à répétition sans jamais obtenir d’accord contraignant, les alertes à l’ONU et les actions symboliques partout dans le monde… Lorsque nous demandons, argumentons, prouvons, alertons, nous ne sommes pas écoutés et rien ne change (…) Malheureusement, on ne peut pas compter sur notre gouvernement pour nous sauver de la catastrophe annoncée. Déclaré hors la loi par ses propres tribunaux, c’est désormais à nous, citoyens et citoyennes ordinaires de faire appliquer les engagements auxquels l’État refuse de se plier »
Quelques chiffres clé sont criants : 20 % de gaz à effet de serre viennent du secteur résidentiel ou tertiaire, 12 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique et 4,8 millions d'habitations sont classées F ou G en France, soit 17% des logements.
Avec de tels arguments, on se pose à juste titre la question : où sont les vrais éco-terroristes ?
Pourquoi « Dernière Rénovation » ?

©DERNIERERENOVATION
Si leurs actions coup de poing ont fait beaucoup de bruit, elles n’ont pas fait comprendre assez clairement leur motivation première.
Alors que Just Stop Oil, en Angleterre, s’est concentré sur la fin des énergies fossiles, Dernière Rénovation a choisi ce nom en rapport avec sa première revendication : se concentrer sur la rénovation thermique du parc immobilier français, en gros sur les fameuses « passoires énergétiques » mais aussi en référence au fait que « nous sommes la Dernière Génération de l’Ancien Monde ».
Une revendication : la rénovation énergétique de l’habitat
Le mouvement demande que le gouvernement s’engage dans la rénovation du parc immobilier français d’ici à 2040. Il va plus loin en sollicitant l’élaboration d’un système de financement prenant en charge l’intégralité des travaux pour les propriétaires les plus modestes.
Dans les textes, les lois françaises prévoient en effet l’élimination des passoires énergétiques d’ici 10 ans. Mais, souligne Dernière Rénovation : « au rythme actuel du gouvernement, c’est-à-dire 2500 passoires rénovées par an, il faudrait 1900 ans pour en venir à bout. L’exécutif est incapable de faire appliquer les lois du pays, surtout quand ce sont des lois qui profiteront aux plus pauvres. »
Le mouvement reprend ainsi une Tribune de Maxime Combes, économiste, Daniel Ibanez, cofondateur de la Rencontre annuelle des lanceurs d’alerte et Françoise Verchère, figure de la lutte anti-NDDL : « Sur les 700 000 subventions MaPrimRénov débloquées en 2021, le nombre de logements sortis du statut de « passoire thermique », initialement annoncé à 80 000 par le gouvernement (PLF 2021), a été ramené à 2 500 par un récent rapport de la Cour des comptes. À ce rythme-là, il faudra plus de 1 900 ans pour rénover les 4,8 millions de passoires thermiques du pays. »
Une ambition écologique, économique et sociale

Outre le fait que ces passoires thermiques laissent des citoyens mourir de froid en hiver et de chaud en été, elles obligent à surchauffer en hiver et climatiser en été ces logements mal isolés, grevant la sobriété énergétique. En isolant ces logements, on pourrait faire baisser la consommation d’énergie, et donc le bilan CO2 de ces habitations, tout en redonnant du pouvoir d’achat et du confort à leur occupants.
Autre argument : en plus de diminuer les émissions de CO2, ces rénovations devraient créer des milliers d’emplois et bénéficier à tout le monde, en particulier aux plus pauvres qui souffrent le plus violemment des conséquences du dérèglement climatique.
« Une ambition concrète, réalisable, juste socialement, et populaire qui, une fois gagnée, pourra nous emmener vers d’autres victoires d’ampleur », conclut Dernière Rénovation.
Le mouvement n’envisage pas de s’arrêter là. Comme il le précise, la rénovation thermique n’est que son premier objectif. Le mouvement veut ensuite « catalyser des soulèvements populaires massifs dans les quelques années à venir » afin de « forcer le changement requis ».